Le roman. Prix Ringuet de l’Académie des lettres du Québec

par | Nov 11, 2020

À l’époque où j’ai joint le jury du prix Ringuet, il y a quatre ans, la rumeur circulait à l’effet que le roman n’en menait pas large. Le roman est-il mort? demandait-on carrément dans des colloques sérieux à l’université et des chroniques enlevées à la radio. Par roman, bien entendu, on entendait le roman-roman, celui qui ose s’écarter du vécu pour camper des univers imaginaires, celui qui ose mettre au monde des personnages différents de son auteur, celui qui a le front de créer des histoires que personne n’a authentifiées. Car la consommation effrénée de la réalité, les confessions de tous poils, les récits inspirés de faits avérés, les autobiographies et autres épanchements intimes commençaient à pulluler et à accaparer la rumeur médiatique, au point de se prétendre l’avenir du genre.

Eh bien, non. Après quatre années passées à lire la production romanesque québécoise – une centaine de titres soumis chaque année au prix Ringuet, dont 125 précisément cette année – je peux affirmer haut et fort que le roman – le roman-roman – a le vent dans les voiles, et que toute une nouvelle génération d’esprits libres se réclament du vertige de l’imaginaire. Et c’est sans compter les valeurs sûres, les écrivains reconnus qui continuent de déployer leur inventivité romanesque sur les terrains les plus inattendus.

Beaucoup de femmes chez ces primo-romanciers (donc cières), énormément de talent, des voix fracassantes qui s’imposent déjà. J’ai envie de mettre quelques noms sur ces épithètes flatteuses, pour leur souhaiter vivement la bienvenue : Stéphanie Clermont, Annie Perreault, July Giguère, Catherine Lavarenne, Ariane Lessard, Marie-Jeanne Bérard, Virginie Blanchet-Doucet, Marie-Ève Thuot, Stéphane Larue, – sans compter les lauréats Christian Guay-Poliquin et Kevin Lambert (secondo-romanciers, ces deux-là)… Ils n’ont pas tous été primés, mais ils ont tous été remarqués, tant leur musique singulière promet de bien beaux lendemains à la littérature québécoise.

Ce fut donc la grande joie de l’exercice de ce jury : découvrir que l’invention de la réalité se porte à merveille. Car c’est la grâce et la liberté subversive du roman que de proposer un monde au lieu de se contenter de subir celui qui est là.