FINALISTE DU PRIX VICTOR-BARBEAU 2023

LE FUTUR ANTÉRIEUR

Un essai de David Boucher.

Publié aux Presses de l’Université de Montréal en 2022.

Ce livre propose une immersion dans le roman d’anticipation francophone contemporain en analysant, par les outils de la sociocritique et de la philosophie, certaines oeuvres de Nelly Arcan, Michel Houellebecq et Antoine Volodine. Plus précisément, il examine, chez ces écrivains influencés par l’héritage historique du xxe siècle (sa quête d’idéal ou ses désastres ravageurs), les représentations dystopiques de la société et en dévoile les tendances néototalitaires qui se lèvent à l’horizon du futur. Pour ce faire, l’auteur relit également de grands titres de la dystopie anglo-saxonne. Il met ainsi en regard les oeuvres choisies pour en faire ressortir les enjeux littéraires et philosophiques selon une perspective inédite qui renouvelle la compréhension des textes.

ÉLOGE DE JOËL DES ROSIERS

MEMBRE DU JURY

Un tableau de Paul Klee intitulé « Angelus Novus » montre un ange qui semble sur le point de s'éloigner de quelque chose qu'il contemple fixement. C'est ainsi que l'on se représente l'ange de l'histoire. Mais une tempête souffle du Paradis, aurait écrit Walter Benjamin. Cette tempête, ces débris, ces « ruines du futur », c'est ce qu'on appelle le progrès. L’écho de ce progrès est le roman d’anticipation.

C’est par un hommage à Maurice G. Dantec, écrivain français, exilé au Québec, mort en juin 2016, que commence Le futur antérieur. Dans son livre, David Boucher examine l’émergence d’un genre littéraire à travers un corpus rassemblant les œuvres de Nelly Arcand, Michel Houellebecq et Antoine Volodine, trois écrivains « qui s’approprient l’anticipation pour mieux la réinventer ».

À la lumière de la sociocritique et de la philosophie, l’auteur jette un regard scrupuleux, net et puissant sur l’art de l’anticipation des trois romanciers de langue française. S’il est vrai que les enjeux littéraires – le narrat – croisent les conflits sociétaux comme la religion – l’Islam – ou le féminisme, la perspective anti-utopique ou dystopique des fictions romanesques dénonce autant le totalitarisme du XXe siècle que les illusions libertaires narcissiques du tournant du XXIe siècle. Après la mort de Dieu, les morts n’ont plus que les vivants pour ressource.  L’on pense alors à l’héritage de Jean Baudrillard pour sa théorie du simulacre et de la simulation.

Par ces temps de dérèglement, un fil rouge traverse l’essai de David Boucher qui a su y insuffler l’élégance du devenir.