FINALISTE DU PRIX RINGUET 2023

LES OMBRES BLANCHES

Un roman de Dominique Fortier

Publié aux éditions Alto en 2022.

Comment mesure-t-on une vie? Peut-elle se stérer en poèmes, comme on compte les pieds dans un alexandrin?? Que reste-t-il de nous quand nous ne sommes plus?. À sa mort en 1886, Emily Dickinson a laissé derrière elle, pêle-mêle, des centaines de textes griffonnés sur des bouts de papier que sa soeur Lavinia découvre avec stupéfaction. Elle en confiera la publication à Mabel Loomis Todd, la maîtresse de leur frère. Sans ces deux femmes, et l’apport de Susan Gilbert Dickinson, belle-soeur et amie de coeur d’Emily, le monde n’aurait jamais rien connu de cette formidable oeuvre fantôme, sans doute l’entreprise poétique la plus singulière de toute l’histoire de la littérature américaine..

ÉLOGE DE MARIE BELISLE

MEMBRE DU JURY

Dans Les ombres blanches, Dominique Fortier poursuit son exploration créatrice de l’univers d’Emily Dickinson, amorcée dans Les villes de papier. Sur un mode polyphonique maîtrisé, elle met en scène les proches de la poète « qui lui ont en quelque sorte redonné vie » par la publication posthume de ses poèmes.

Mais l’histoire imaginée et racontée va bien au-delà de l’anecdote littéraire : c’est à la fois le tableau d’une époque et d’un milieu social, une réflexion sur l’écriture et l’édition, un regard sur l’enfance et une interrogation, universelle, sur l’impermanence de la vie humaine.

Si le propos est historique, même si la fiction n’en est pas absente, la forme est résolument moderne : les apartés de l’autrice instaurent une distanciation de la narration tout en figurant, paradoxalement, une conversation entre l’autrice et ses personnages, comme un pont entre le passé et le présent.

L’écriture est précise, poétique, ciselée avec délicatesse. Et la fragmentation du récit, dans sa structure et dans les points de vue narratifs qu’elle adopte, est peut-être une métaphore de ces papiers épars laissés par Emily tout autant que des traces laissées par le passage des vivants.

Et si la littérature était un moyen de se survivre, de garder vivaces par-delà notre disparition, les liens qui nous unissent au monde… ?