FINALISTE DU PRIX MARCEL-DUBÉ 2023

LE VIRUS ET LA PROIE

Une pièce de théâtre de Pierre Lefebvre.

Publié aux éditions Écosociété en 2022.

Quelqu’un possédant peu écrit une lettre à quelqu’un qui possède beaucoup. De cette impossible rencontre émerge un réqui­sitoire fulgurant contre la violence de l’ordre établi et l’inégalité des forces qui en découle…

« Réussir, monsieur, y pensez-vous ? Quelle tristesse. Je ne connais pour ma part rien de plus honteux, de plus humiliant, de plus dégradant que la réussite. De plus horrible, aussi. L’état du monde, monsieur, sa misère lamentable, sa boursouflure grotesque, les ravages accomplis chaque jour par l’industrie, n’importe laquelle – pétrolière, minière, pornographique, culturelle –, d’où pensez-vous que ça découle si ce n’est de la réussite de ceux et celles qui réussissent ? »

Un texte magistral, ni tout à fait théâtre ni tout à fait manifeste politique, sur la colère et le sentiment d’impuissance qui rongent nombre de contemporain·es.

ÉLOGE DE LISE VAILLANCOURT

MEMBRE DU JURY

Un auteur dramatique qui écrit un pamphlet ! Un essayiste qui écrit du théâtre ! Mais comme le théâtre est tout autant un espace de fiction qu’un lieu de prise de parole, ce texte Le virus et la proie avait tout lieu de se retrouver, pour sa grande qualité d’objet littéraire, parmi les finalistes du Prix Marcel-Dubé.

Un pamphlet, par définition, se promène librement sans se soucier des frontières de genre. Ainsi, en novembre 2022, ce manifeste politique franchit-il les portes d’un théâtre avec aisance. Sur scène, quatre acteurs et actrices s’en emparent. Un texte nu. Chacun se lève, s’avance dans la lumière, ne s’adresse pas à nous. S’adresse à Monsieur. Voilà la fiction.

Comme Électre aux portes du palais, le personnage se tient aux portes du Parlement à demeure. Mais ce n’est pas la vengeance qu’il réclame, c’est une transformation profonde et radicale.

La rencontre est impossible. Et pourtant, à la fin :

« Pour arriver là, monsieur, il nous faudrait une langue comme le sel, capable de nous corroder, desceller chacun des traits de nos visages (…) Et là, enfin tous les deux monstrueux, nulle part, égarés, nous découvrir l’un l’autre… »