CO-LAURÉAT DU PRIX RINGUET 2024
LE COMPTE EST BON
Un roman de Louis-Daniel Godin.
Publié en 2023 chez Bibliothèque québécoise.
A-t-on une dette envers quelqu’un lorsqu’on a été adopté ? Arrivé dans sa famille à l’âge de cinq jours, le personnage dans Le compte est bon ne cesse de compter de manière obsessive les pertes et les gains : un chocolat chapardé, un billet de vingt dollars confisqué, le lot d’un jeu télévisé, des cadeaux à sa mère comme des actes manqués. Mais comment y trouver son compte ? Comment compter jusqu’à soi quand un écart, une brèche, un trou, apparaît entre les souvenirs de l’enfance et ce qui fut vraiment, entre son milieu social et ses nouvelles passions ? Comment combler ce trou que représentent les cinq premiers jours de la vie où l’on flottait entre deux noms ?. . Louis-Daniel Godin conte en comptant, saute de chiffre en chiffre, de lettre en lettre, afin de mettre le compteur à zéro, de dire l’idée d’écrire un livre pour être quitte avec la vie, un livre sur l’impossibilité de devenir soi.
ÉLOGE DE MARIE BELISLE
MEMBRE DU JURY
Il y a l’enfant, qui jour après jour compte : les heures et les années, les stations de métro, l’argent, les lettres ; l’enfant qui chiffre et déchiffre comme il peut : le vrai et le faux, l’identité, le monde, l’histoire ou l’invention.
Il y a l’adulte qui conte l’enfant qui compte, l’adulte qui conte à rebours, jusque dans la syntaxe même de son discours, l’enfant qu’il fut et qu’il reste.
Et le lecteur, la lectrice est emporté·e dans les boucles des phrases qui se retournent sur elles-mêmes et répètent les mots d’enfance comme un retour sur soi, comme une inénarrable tentative (ou tentation) d’en être quitte avec la vie.
Parce qu’« on ne sait pas exactement combien on vaut et on ne sait pas exactement à qui on doit le rembourser, mais on a une dette quelque part » (p.252).
Avec Le compte est bon, Louis-Daniel Godin signe une chronique à la fois intime et sociale, où la candeur et la lucidité ne sont jamais antinomiques.
Un premier roman audacieux et maitrisé, qui nous laisse espérer que l’auteur n’a pas réglé tous ses comptes avec l’écriture…