FINALISTE DU PRIX RINGUET 2025

LE ROMAN D’ISOLINE

Un roman de David Turgeon

Publié aux éditions Le Quartanier en 2024.

Tout a commencé quand Isoline, assistante éditoriale, a sauvé du suicide Paula Kahl, romancière primée, et qu’elle est devenue à son corps défendant sa confidente et protégée. Mais Isoline n’a jamais vraiment voulu écrire. Elle n’aime même pas particulièrement l’œuvre de Kahl, froide et maniérée, encore célébrée par la critique mais passée de mode. Quittant son emploi, elle la perdra de vue, de même que son discret et riche mari. C’est par hasard qu’elle apprend sa mort : le jour de la parution de son ultime roman, parvenant à ses fins, Paula Kahl s’enlève la vie. Isoline se voit alors confier par le mari les archives de la défunte, ainsi que le mandat d’en tirer des inédits publiables.

Et ce travail l’absorbe jusqu’à l’obsession. Une voix la guide, qui ne dit jamais son nom, reconnaissable entre toutes. Peu à peu, Isoline change. Grâce au mari, elle décroche un poste dans la prestigieuse fondation Schasch et découvre le monde de l’argent et du pouvoir. La voix se tait. Isoline ferait n’importe quoi pour l’entendre de nouveau. Quelque chose se met à trembler, à bouillir en elle, de plus en plus impérieux : est-ce la folie? est-ce un fantôme, est-ce l’appel de la mort?

Ou est-ce un roman?

Chose certaine, l’originalité de ce nouveau livre de David Turgeon, sa formidable énergie, sa noirceur comique, on la doit à sa protagoniste hors du commun, désinvolte et hantée, toute tendue vers l’avant, en constante mutation.

ÉLOGE DE SÉBASTIEN LA ROCQUE

MEMBRE DU JURY

J’aime lorsque la littérature me surprend. Dès l’ouverture du livre, j’ai été accroché : des phrases courtes sans ponctuation ni majuscules, un roman sur l’invention qui joue avec ses codes et l’incapacité d’écrire, un rapport à la « deuxième voix », à l’intertextualité, à la transmission et à l’élaboration d’une image de l’écrivain-artisan qui œuvre à partir d’une matière première, l’écriture des autres, toujours plus réelle que l’inspiration des Muses. Avec en toile de fond l’émergence de l’intelligence artificielle, nous entrons donc dans un récit sur la « création », sur le travail d’invention d’un personnage principal qui disparaît dans sa propre fiction. Tout un programme qui s’articule sur l’art du palimpseste.

Un récit déconcertant, pour reprendre la terminologie de l’essayiste français Dominique Viart, qui nous mène vers l’inattendu et réfléchit à sa propre mise en texte, à son mode d’existence. Un texte ludique et jubilatoire qui joue des formes et des substances narratives, mais reste ancré dans l’actualité, une littérature de son temps qui interroge ses propres objectifs tout en ouvrant une réflexion sur l’avenir même de ses possibles.

Pour moi, l’écriture, au-delà des affects qui la traversent, reste une activité d’artisan. Comme un ébéniste qui construit son meuble, comme un ingénieur dessinant un bâtiment, l’auteur·e construit des objets de mots, des petits moteurs narratifs. Dans cette optique, je ne crois pas qu’il soit exagéré de dire que Le roman d’Isoline reste une fichue belle petite machine ou que David Turgeon se révèle être un remarquable ingénieur.