LAURÉAT DU PRIX MARCEL-DUBÉ 2025

CETTE COLLINE N’EST JAMAIS VRAIMENT SILENCIEUSE

Une pièce de théâtre de Gabriel Charlebois-Plante

Publié chez Leméac en 2024.

Captifs de leur chambre d’où ils observent le monde, ils travaillent, prient, dressent des listes, ont soif, tournent en rond. L’extérieur les angoisse, leurs pensées les obsèdent : incapables de sortir, enchaînés à des tâches banales – remplir un agenda, regarder des taches de soleil sur un plancher – dont ils se font une montagne, ils ne voient aucun terme à leur épuisante spirale quotidienne.

Cette relecture du mythe de Sisyphe porte sur notre époque anxiogène un regard aigu où chacun est son propre geôlier. Dense, lancinante, flirtant avec l’absurde, la parole y circule entre plusieurs voix aussi hilarantes qu’affolées, en un système d’échos proprement vertigineux et un style qui ne ressemble à nul autre. Des êtres trop humains qui tentent de s’affranchir de leurs démons : le miroir qu’ils nous tendent, très drôle, est terriblement révélateur.

ÉLOGE D’ISABELLE LEBLANC

MEMBRE DU JURY

Quatre personnages sont enfermés dans une chambre, prisonniers de la répétition mécanique des jours qui se succèdent sans que rien ni personne, pas même Dieu, ne réussisse à apaiser les tourments de leur conscience. Ouvrir la porte juste là et sortir dehors. Ou ne pas le faire. Préférer ne pas le faire. Ils ont perdu le but de leur voyage. Ils se sont égarés quelque part entre la chaise et le lit, dans la liste de choses qu’il y avait à faire et qu’ils n’ont pas réalisées. Alors faire que la journée passe au plus vite et que demain, on puisse recommencer à zéro. Toujours recommencer. Toujours retrouver l’élan nécessaire pour continuer.

Le souffle de l’écriture de Gabriel Charlebois-Plante est haletant. Il est furieux, théâtral. Ce texte magnifique met en scène des êtres hors du monde, il nous entraîne dans les profondeurs de l’être et de l’écriture mais aussi dans la grandeur de ce que c’est que de vivre. La soif est grande, elle est insatiable : J’ai soif écrit l’auteur, et il faudrait pas qu’il y ait un lac dehors, il faudrait pas que j’aperçoive un lac par la fenêtre de ma chambre ici parce que j’irais le boire.

Les images surgissent, puissantes, elles fusent, pénètrent en nous. Dans cette chambre chatoient la lumière du soleil, l’adhésion au monde puis son refus, la tendresse pour les paysages observés à travers l’unique fenêtre de la pièce, en un mot, la douceur mais aussi toutes les possibilités qu’offre l’existence. Malgré les pensées obsédantes qui recouvrent tout, la pièce de Gabriel Charlebois-Plante est une chanson d’amour adressée à notre part de vie sur la terre, aussi absurde soit-elle. « C’est ça dont il est question, après tout dans cette chambre, nous dit l’auteur, c’est de ça dont il est question dans cette chambre, le bonheur et l’amour et le soleil. »