FINALISTE DU PRIX VICTOR-BARBEAU 2025
RÊVE ANIMAL
Un essai de Marie-Claude Loiselle
Publié en 2024 aux éditions Varia.
Les animaux hantent les rêves humains depuis toujours. Depuis la longue fréquentation millénaire des espèces que l’on voit se balader en apesanteur sur les parois de Lascaux, de Chauvet, d’Altamira. Ce flottement onirique des bêtes témoigne d’une fécondité de la relation des humains à la Terre, mais aussi, à notre époque où sévit la sixième grande extinction des espèces, de la lente agonie de ce lien du rêve à l’animal. Du plus profond du rêve animal ancestral, depuis notre nuit intérieure, Marie-Claude Loiselle suit en silence la piste évanescente des bêtes qui vivent dans nos songes et s’enfuient à la vitesse de nos technologies. Bêtes traquées, qui ne vivent plus bientôt que pour fuir nos présences.
ÉLOGE DE BERNARD ANDRÈS
MEMBRE DU JURY
Dans cette réflexion esthético-philosohique sur l'espèce animale dans ses rapports avec l'humanité, Marie-Claude Loiselle sonde les rêves engendrés par les peintures murales de Lascaux, de Chauvet et d'Altamira. Fascinée par les représentations d'aurochs, de cerfs, de chevaux et de lions enchevêtrés dans le secret des grottes, l'auteure livre ce qu'elle nomme un « essai poétique ». S'y croisent des références à Rilke, Höderlin, Deleuze, Godard, comme à Mestokosho, le chasser innu, mais aussi des considérations sur notre rapport au monde, à l'heure de l'extinction des espèces et de l'écoanxiété. C'est aussi, chez l'auteure dont on connaît l'expertise en matière d'image et de cinéma, le rappel des photographies de George Shiras sur la vie nocturne d'animaux saisis au flash.
Cette conscience environnementaliste de l'auteure n'a rien du militantisme convenu. Elle exprime avec une humilité bienveillante la découverte d'un monde aussi proche qu'insoupçonné. « Plus de fuite ni d'aveuglement, mais une invitation à traverser de l'autre côté du mur depuis lequel est considérée l'humanité ensommeillée » (110).
Dans cette longue dérive onirique, l'auteure imagine le geste jadis accompli sur les parois préhistoriques pour donner forme et couleur aux bêtes environnantes, sans oublier la signature de l'artiste plaquant à l'occasion sa propre main sur telle anfractuosité sous-terraine.