FINALISTE DU PRIX ALAIN-GRANDBOIS 2023
HOLOGRAPHIES
Un recueil de Philippe More
Publié aux éditions Poètes de brousse en 2022.
Sixième recueil de Philippe More, Holographies déploie un univers entropique où l'on sent la menace constante d'une disparition en même temps qu'un foisonnement de naissances, de lumières, de faisceaux et d'apparitions. Pendant que « la nuit se prépare/à tout sauf l'humanité », les poèmes entremêlent les registres de la science et de la finitude, constituant en eux-mêmes une dimension clandestine, presque mystique. Divisé en trois parties explorant différents modes de la survivance, Holographies interroge ainsi l'espace qui nous divise et nous lie, dans «la fiction de lumière/qui nous intercale entre la/physique de la beauté et celle/de l'exil ou des atomes déchus ». En résulte une œuvre multidimensionnelle qui invoque de façon singulière notre soif d'incarnation.
ÉLOGE DE PAUL BÉLANGER
MEMBRE DU JURY
Une incroyable musique spectrale agit au cœur des « Holographies » de Philippe More. On est aspiré par les poèmes de ce livre dense qui exploite les ressources de la science autant que l’exploration d’une intériorité divisée. Les formes que le poète exploite trouvent l’unité dans l’unicité de sa voix. Le spectre de la sœur jumelle flotte autour du frère au don d’ubiquité. Il glisse sur le reflet des choses vivantes, entre fin et recommencement. Les poèmes nous enveloppent comme un voyage au cœur d’un destin et d’un désir. Le mot est à vif, la syntaxe tranchante comme un rasoir. La scansion soutenue des images produit un rayonnement qui déborde les mots. Portée par cette vision, la phrase est une pulsion quantique jouant de l’ombre et de la lumière. Et le frère, habité par une seconde peau, accumule les « fossiles » avant le grand bond en néant.
Avec sa sœur fantôme, le frère en voie de disparition et toutes les bêtes, le poète trace ce lent mûrissement du langage qui dissout le temps, en son temps compté. C’est une épreuve de l’esprit contaminé par le corps. Écrit dans la « langue des reliques », Holographies, comme l’intrication d’un corps dans l’imaginaire, est un long mouvement vers le silence.
Les forces élémentaires du langage libèrent de la prison du corps. L’expérience des métamorphoses répare la mémoire vers l’horizon possible d’une nouvelle généalogie. Et cela nous habite longtemps après la lecture.