CO-LAURÉAT DU PRIX RINGUET 2024
PEAU-DE-SANG
Un roman d’Audrée Wilhelmy.
Publié en 2023 chez Léméac.
Vers la plumerie du village convergent les désirs de tous âges et de toutes fortunes. Et Peau-de-Sang, la plumeuse qui y oeuvre, a des airs de diablesse ensauvagée, libre de corps et d’âme. Avec ses mains magiciennes, elle soigne les vivants en portant les interdits qu’ils n’osent transgresser. Si chez elle le maire, le médecin, le notaire, le ferblantier, le facteur et surtout Sulfureur viennent payer leur plaisir en espèces ou en fourrures, les femmes y découvrent comment vibrer enfin au diapason de leur sexe.
Audrée Wilhelmy célèbre ici des générations de charmeresses habillées dans la dentelle fine des pulsions irrépressibles, millénaires. Peau-de-Sang connaît tous les secrets et rituels du monde, et nous invite à lire avec elle le fil des vies en même temps qu’elle découd le langage des corps.
Il y a plusieurs contes dans ce roman et autant de romans dans ce conte, au point qu’on n’arrive plus à y distinguer l’intuition du rêve : Loup, y es-tu ?
Une ode à la véhémence irréfrénable du féminin.
ÉLOGE DE CHRISTIAN GUAY-POLIQUIN
MEMBRE DU JURY
Il est toujours malvenu de confondre la littérature avec le simple fait de raconter une histoire. Et si un certain contenu, par définition, fait appel à un certain contenant, l’inverse est aussi vrai. Car c’est dans la manière que le texte prend forme et c’est dans la manière que le texte ancre son fond. Peau-de-sang d’Audrée Wilhelmy est un roman de cette trempe où la forme, par son inventivité et sa cohérence, donne toute son ampleur au récit.
Dans le village de Kangoq, on retrouve ainsi des personnages dont les désirs s’accrochent de part et d’autre des fenêtres de la plumerie où Peau-de-Sang façonne les chairs mortes et les chairs vivantes. Tendue sur le mince fil des nécessités et des libertés, la narration se déploie – je le redis – avec une audace remarquable. En remaniant les conventions syntaxiques, Audrée Wilhelmy superposent les points focaux et fait revivre, à sa façon, le chœur antique. Ces interventions excentrées s’enroulent autour du récit de la protagoniste et lui confèrent une réflexivité inédite.
Dans ce roman sculpté dans le corps du texte tout comme dans les corps de ses personnages, l’autrice poursuit son exploration des non-dits qui creusent l’existence des êtres et nous rappelle habilement à quel point la littérature est un espace d’émancipation.