LAURÉAT DU PRIX MARCEL-DUBÉ 2024

LA DERNIÈRE CASSETTE

Une pièce de théâtre d’Olivier Choinière

Publié en 2023 chez Atelier 10.

Après avoir brulé la vie par les deux bouts, AB vit désormais isolé dans son appartement, cloué à son fauteuil roulant, incapable de poursuivre la passion qui l'aura habité toute sa vie : faire du théâtre. Presque entièrement privé de contacts avec le monde extérieur, entouré de ses fantasmes et de ses remords, cet infatigable questionneur décide d'affronter sa mémoire pour faire le bilan de l'artiste et de l'homme qu'il a été. Nourri par de nombreuses heures d'entretiens avec André Brassard lui-même à la fin de sa vie, Olivier Choinière choisit la voie de la fiction pour nous parler d'un des plus grands metteurs en scène québécois et rendre justice à son legs artistique immense.

ÉLOGE DE CAROLE FRÉCHETTE

PRÉSIDENTE DU JURY

À partir des nombreux entretiens qu’il a eus avec l’homme de théâtre André Brassard, Olivier Choinière compose un portrait fictif, et saisissant de vérité, de celui qu’il appelle son maître. Sous sa plume, le metteur en scène devient AB, personnage vieilli, diminué, cloué dans un fauteuil roulant, pour qui les moindres gestes du quotidien représentent des épreuves exténuantes. En écoutant de vieux enregistrements de sa propre voix, l’homme brisé s’échappe de son carcan et son esprit se met en marche. Il entre alors en dialogue avec celui qu’il a été : un artiste accompli et célébré, puis il entreprend d’enregistrer une « dernière cassette » où il tente de consigner ses convictions sur l’art, sur la vie. Son legs, en quelque sorte.

Au-delà de l’hommage vibrant rendu à un créateur qui a marqué le théâtre d’ici, la pièce porte une profonde et stimulante réflexion sur l’art du théâtre, et pose la douloureuse question de la transmission. Que peut léguer un artiste de la scène dont les œuvres, écrites sur du sable comme le dit le protagoniste, disparaissent au dernier jour des représentations ?

La mise en scène par l’auteur de cette pièce brillante et généreuse, d’une grande maturité, a ébloui par sa force et son époustouflante interprétation. La lecture du texte en fait découvrir les multiples couches de sens et fait entendre avec encore plus de gravité son émouvante méditation sur l’éphémère de la gloire, l’effritement inéluctable du corps, la finitude.