FINALISTE DU PRIX ALAIN-GRANDBOIS 2024

LE MARCHÉ AUX FLEURS COUPÉES

Un recueil de poésie de Sarah-Louise Pelletier-Morin.

Publié en 2023 chez La Peuplade.

Les fleurs possèdent cette qualité exceptionnelle d’être adéquates partout, en toutes circonstances et dans tous les décors, et cette aisance à habiter les lieux les distingue de toutes les autres formes de vie. Elles sont si répandues que la plupart passent inaperçues, ce à quoi veut remédier Le marché aux fleurs coupées, en les rendant visible une à une.

Au détour d’un cheminement délicat et immatériel, Sarah-Louise Pelletier-Morin part à la recherche de l’essence de la fleur et confectionne un herbier poétiquement précis aux facettes multiples, tant intimes, biologiques, économiques, historiques que spirituelles. Déconstruisant la métaphore traditionnelle qui associe fleur et femme, elle fait le pari d’une façon autre d’être au monde, esquisse une poésie de soi et de la finitude du vivant. Entre l’humus de nos racines et l’haleine de vie qui nous porte, ce livre impose une écriture qui s’élève dans l’affirmation de sa force fragile.

ÉLOGE DE FRÉDÉRIQUE BERNIER

MEMBRE DU JURY

Alternant les vers et la prose, le lyrisme amoureux et les bribes d’enquêtes sociologiques, ce recueil généreux, inventif, ne se contente pas de célébrer la nature en ses plus exquises et jolies manifestations. La poète fait plutôt de la flore un objet d’investigation complexe au miroir duquel le sujet embrasse ses origines ou se déracine, « parasite les formes du visible », cherche l’ombre ou rêve sa disparition.

Détournant la floriographie victorienne et ses arrangements symboliques figés, Sarah-Louise Pelletier-Morin retourne les clichés sur eux-mêmes, interroge au passage les habitus et marqueurs de classes associés aux différentes variétés (roses ou tulipes, orchidées ou asclépiades), et convoque une bibliothèque aussi vaste que fertile où Benoit Jutras rencontre Shakespeare, Ovide voisine avec Rimbaud, Nicole Brossard et Marie Uguay.

Le marché aux fleurs coupées cartographie les échanges économiques qui se trament sous les rituels intimes ou collectifs ; il ne nous épargne pas le clash entre la fragile beauté de certaines pages de son herbier et la réalité rugueuse de celles et ceux qui mangent des raclures de compost pour que nous puissions nous offrir des gypsophiles en bouquets standardisés. Un livre qui allie tentation encyclopédique et fine découpe du vers pour réinventer « le langage des fleurs » en gerbes d’étonnement.