Madeleine Gagnon

© Josée Lambert

Madeleine Gagnon

(1987)

« Quant à l’ignorance qui fut mienne, de mon village Amqui, nom amérindien qui signifie « là où les eaux s’amusent », de ce lieu extraordinaire d’où je viens où parfois l’illisible devient aussi intelligent que le lisible (parmi ceux que j’aimais, il y en a qui ne savaient ni lire ni écrire, mais plusieurs possédaient une riche culture que jamais je ne renierai et pour eux tous, illettrés et lettrés qui m’ont enseigné l’amour de la connaissance, je témoignerai ici), de ce lieu où, à quatorze je suis passée directement de la cour à bois et de mes rivières et du champ de vaches à l’Énéide de Virgile (dans le texte latin), à Hamlet ou Othello de Shakespeare […] de cette vallée où, depuis des temps immémoriaux, tout voyage en littérature est une odyssée d’exil ; de ce lieu, l’on sait aussi, et c’est là que la belle humilité est nécessaire, l’on sait d’une savoir profond et je dirais sans tracasseries, cette pensée que je résumerais par la phrase de Louis Courier, écrivain tourangeau du 18e siècle : « la noblesse n’est pas de rigueur pour entrer à l’Académie ; l’ignorance, bien prouvée, suffit ». »
— Extrait du discours de réception (1987)